Les 7 péchés capitaux des banques

Cupidité

"Mon trador. Il est l'or. L'or de spéculer"! Qu'un dirigeant de banque ait pu un jour susurrer à l'oreille de l'un de ses tradersTrader
Opérateur - dans une banque ou une société boursière - spécialisé dans les transactions financières (achat et vente de valeurs mobilières, devises, produits dérivés).
ces douces paroles ne surprendrait personne. Alliés indéfectibles, ces deux acteurs clés de la finance partagent en effet une vocation commune: l'accumulation frénétique du capital. Une passion, non seulement triste, mais également destructrice pour le reste de la société.

 

Dérapage salarial

Les rémunérations hors norme sont la norme dans l'industrie bancaire. Quelle que soit la conjoncture, elles se maintiennent inexorablement. Les chiffres suivants en attestent: en 2011, 15 dirigeants de banques de premier plan aux États-Unis et en Europe ont gagné chacun en moyenne 12,8 millions de dollars (9,9 millions d'euros), soit une augmentation de 11,9% par rapport à 2010. Autre exemple: les quelques 9.000 tradersTrader
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des quatre plus grandes banques françaises se sont partagés 2,3 milliards d'euros en 2011, soit 27% des bénéfices avant impôt de leurs employeurs. Ces rémunérations stratosphériques sont d'autant plus inconcevables qu'elles sont accordées en pleine crise bancaire. En effet, depuis 2008, les banques enregistrent une baisse à la fois de leurs revenus et de leur valeur en Bourse. En outre, nombre d'entre elles bénéficient d'aides d'Etat ainsi que de subsides publics implicites [+d'infos].

L'argument du talent est généralement invoqué pour justifier les hauts salaires des cadres dirigeants et des tradersTrader
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de l'industrie bancaire. Il est néanmoins fallacieux pour trois raisons principales. Tout d'abord, d'autres secteurs emploient des personnes hautement qualifiées sans pour autant aligner des fiches de paie à sept ou huit chiffres. Deuxièmement, en l'absence de l'infrastructure et du collectif de travail qui les entourent, les dirigeants de banque et les tradersTrader
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ne seraient pas en mesure d'accumuler autant d'argent. Troisièmement, si le talent se mesure à la capacité à créer de la valeur, l'expérience récente démontre combien les cadres supérieurs de la finance en sont totalement dépourvus. Selon le cabinet d'analystes indépendants Alphavalue, les banques européennes ont en effet détruit près de 882 milliards d'euros de valeur pour les actionnaires entre 2007 et 2012 (chute de capitalisation boursière et recapitalisationsRecapitalisation
terme désignant l'ajout de capitaux propres dans la banque lorsque ceux-ci sont considérés comme insuffisants compte tenu de son activité et des risques qu'elle encourt. Lors de la crise de 2008, nombre de banques n'ont pas été en mesure de procéder elles-mêmes à une augmentation de capital pour rembourser tout ou partie de leurs dettes. Dès lors, elles ont dû faire appel à leur Etat pour être recapitalisées.
).

En réalité, loin d'être le reflet de la compétence, les revenus des cadres dirigeants et des tradersTrader
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sont surtout la résultante d'une profitabilité disproportionnée des banques, elle-même liée à la faiblesse des règlementations en vigueur. En effet, l'absence de normes limitant la spéculation financière permet à l'industrie bancaire de dégager des profits élevés totalement déconnectés de la réalité économique et d'en octroyer une part significative à ses tradersTrader
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et dirigeants.

Les préjudices de l'avarice

Si elles satisfont la cupidité de l'aristocratie bancaire, les pratiques de rémunération en vigueur dans le secteur se révèlent par contre très dommageables pour la société dans son ensemble. Tout d'abord, elles contribuent largement à l'accroissement des inégalités salariales observées en Europe depuis les années 1990. Celles-ci sont en effet le fruit de la hausse des très hauts salaires, notamment de ceux des 0,01% de la population. Une part importante de cette forte augmentation des plus hautes rémunérations a été capturée par les salariés de l'industrie financière (respectivement 70% et 50% dans le cas des Royaume-Uni et de la France).

Deuxième effet pervers: les structures de rémunération des banques encouragent leurs dirigeants et tradersTrader
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à prendre des risques excessifs. En effet, plus ces derniers prennent des risques, plus la profitabilité de leur banque est susceptible d'être élevée. Or, plus la profitabilité est élevée, plus la rémunération qui leur est octroyée est conséquente. Ce système est d'autant plus pervers que, même lorsque les banques enregistrent des pertes, leurs dirigeants ne sont pas sanctionnés. Dans le pire des cas, ces derniers sont remerciés en obtenant au préalable un parachute doré. Le cas le plus emblématique en Belgique est celui de Jean-Paul Votron: l'ex-PDG de Fortis banque a empoché 6,3 millions d'euros suite à son licenciement intervenu le 11 juillet 2008.

Enfin, la perspective d'une rémunération indécente pousse nombre de banquiers et tradersTrader
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à enfreindre les lois. Pour obtenir son salaire de 11,6 millions d'euros en 2010, Bob Diamond - l'ex-directeur général de Barclays - n'a pas hésité en effet à encourager sa banque à poursuivre ses opérations de manipulation du Libor et de l'Euribor, les taux interbancaires qui font référence sur les marchés financiers, et qui servent notamment à calculer le loyer de l'argent prêté aux particuliers. Le 27 juin 2012, il a été contraint de démissionner suite à la condamnation de Barclays par les autorités britanniques et américaines à une amende record de 360 millions d'euros.